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Visuel présentant les principales mutations de l’offre de formation
STRATÉGIE et OFFRE COMPRENDRE

Offre de formation : ce qui est en train de changer

Alan CALLOC'H
Alan CALLOC'H

BAROMÈTRE Stratégie & Offre → BMP-SO-01

Construire une offre de formation ne consiste plus seulement à transformer une expertise en programme, à lui attribuer une durée et à l’ajouter à un catalogue. Construire et structurer une offre de formation devient ainsi un travail d’architecture : il faut relier les besoins du marché, les compétences visées, les certifications, les parcours proposés et les capacités réelles de la structure.

Dans les structures que j’accompagne, cette difficulté apparaît souvent lorsque les formations ont été ajoutées au fil des opportunités, sans que l’architecture générale de l’offre ait été réinterrogée. Les organismes de formation, les CFA et les écoles évoluent dans un environnement où les offres sont plus nombreuses, plus faciles à comparer et plus rapidement remises en question. Les besoins professionnels se déplacent, les certifications évoluent, les compétences se renouvellent et les trajectoires deviennent moins linéaires.

Dans ce contexte, la richesse apparente d’un catalogue ne suffit plus à rassurer. Une offre doit permettre de comprendre rapidement à qui elle s’adresse, quelle progression elle assure, quelle compétence ou quel métier elle prépare et quelle place elle occupe dans un parcours plus large.

La question n’est donc plus seulement de proposer des formations pertinentes. Il faut construire une offre lisible, cohérente, différenciante et suffisamment adaptable pour rester utile dans le temps.

Construire une offre de formation devient un enjeu stratégique

Pendant longtemps, l’offre de formation a pu se développer par accumulation. Une nouvelle demande apparaissait, une expertise devenait disponible ou un financement ouvrait une possibilité : une formation supplémentaire était créée.

Cette logique a permis à de nombreuses structures d’élargir leur activité. Mais elle produit aussi des catalogues difficiles à comprendre, des programmes qui se chevauchent et des certifications juxtaposées sans véritable trajectoire d’ensemble.

La construction de l’offre devient désormais une fonction stratégique. Elle relie le positionnement de la structure, les besoins des publics, les évolutions du marché du travail, les certifications mobilisées, les capacités pédagogiques et la réalité économique des parcours.

Une offre solide ne se mesure donc pas uniquement au nombre de formations proposées. Elle repose sur la cohérence entre ce que la structure promet, ce qu’elle est réellement capable de délivrer et la manière dont ses différents parcours s’articulent.

Plusieurs mutations expliquent cette évolution.

Les catalogues trop larges deviennent plus difficiles à lire

Un catalogue étendu peut donner une impression de richesse. Mais lorsque les formations s’accumulent sans hiérarchie claire, la profondeur peut produire l’effet inverse.

L’acheteur, l’entreprise ou l’apprenant doit comprendre rapidement les différences entre les programmes, les publics concernés, les niveaux de progression et les résultats attendus. Lorsque plusieurs offres semblent répondre au même besoin ou utilisent des formulations très proches, le choix devient plus difficile.

Cette évolution oblige les structures à mieux organiser leur gamme. Il ne s’agit pas nécessairement de réduire le nombre de formations, mais de rendre visibles les grandes familles d’offres, les points d’entrée, les spécialisations et les continuités possibles.

Le catalogue n’est plus une simple liste de programmes. Il devient la traduction visible du positionnement et de l’architecture de l’offre.

Le RNCP ne suffit plus à différencier une formation certifiante

L’inscription d’une certification au Répertoire national des certifications professionnelles reste un repère important. Elle situe une qualification, formalise les compétences visées et rattache la certification à un ou plusieurs métiers.

Mais la seule mention d’un niveau 5, 6 ou 7 ne suffit plus à rendre une offre immédiatement compréhensible ou attractive.

De nombreuses structures proposent aujourd’hui des formations associées à des niveaux comparables. La différence se joue alors dans la précision du métier visé, la cohérence du parcours, les modalités pédagogiques, les liens avec les employeurs, les résultats observés et la place de la certification dans une gamme plus large.

Les écoles, les CFA et les organismes de formation doivent aussi mieux distinguer leur rôle de celui du certificateur. Préparer à une certification existante, être habilité à former ou à évaluer, et porter sa propre certification ne correspondent ni au même niveau de responsabilité ni au même modèle économique.

Le RNCP reste structurant, mais il ne peut plus servir à lui seul de positionnement.

Les certifications du Répertoire spécifique deviennent plus exigeantes

Le Répertoire spécifique a soutenu le développement de nombreuses offres centrées sur des compétences professionnelles complémentaires, des spécialisations ou des habilitations.

Mais la transformation d’une compétence en certification ne peut plus reposer sur un simple assemblage de contenus ou sur la recherche d’une éligibilité au financement.

La compétence visée doit être précisément délimitée, reliée à des usages professionnels identifiables et évaluée dans des conditions suffisamment exigeantes. La promesse de la formation, les critères d’évaluation et la réalité du travail doivent former un ensemble cohérent.

Cette évolution renforce également la responsabilité des certificateurs et de leurs partenaires. Les habilitations, les modalités de préparation, l’organisation des évaluations et la qualité du déploiement deviennent des éléments centraux de la crédibilité de l’offre.

Pour les structures de formation, le Répertoire spécifique ne constitue donc plus seulement une possibilité de rendre une offre certifiante. Il impose de démontrer la réalité, l’autonomie et l’utilité professionnelle de la compétence annoncée.

Les blocs de compétences ne produisent pas automatiquement une offre modulaire

Les blocs de compétences ont favorisé une lecture plus détaillée des certifications. Ils permettent d’identifier des ensembles cohérents de compétences et ouvrent la possibilité de validations progressives.

Mais la présence de blocs dans un référentiel ne suffit pas à créer une offre réellement modulaire.

Pour qu’un bloc devienne une unité de parcours compréhensible, il faut définir son public, ses prérequis, son autonomie pédagogique, ses modalités d’évaluation et sa place dans une progression plus large. Un simple découpage administratif ne garantit ni la lisibilité ni l’utilité d’une formation prise séparément.

La modularisation modifie donc la manière de concevoir et de présenter l’offre. Elle oblige à penser simultanément les unités accessibles, les combinaisons possibles, les passerelles et la cohérence du parcours complet.

Une offre modulaire ne consiste pas à fragmenter une formation. Elle doit permettre à différents publics d’entrer, de progresser et de capitaliser sans perdre le sens de la trajectoire.

Les offres doivent mieux relier les différentes étapes professionnelles

Les trajectoires de formation ne se limitent plus à une période initiale suivie d’une carrière stable.

Une même personne peut entrer dans un métier, se spécialiser, actualiser ses compétences, reprendre des études, changer de fonction ou engager une reconversion. Les entreprises doivent également accompagner des transformations plus fréquentes des métiers et des pratiques.

Cette évolution rapproche progressivement des univers qui ont longtemps été présentés séparément : formation initiale, apprentissage, formation continue, reconversion et développement professionnel.

Pour les écoles et les CFA, l’enjeu est de ne plus considérer le diplôme comme l’unique aboutissement de la relation avec l’apprenant. Pour les organismes de formation, il devient nécessaire de situer chaque intervention dans une trajectoire plus longue.

Une offre pensée dans la durée rend mieux visibles les entrées, les approfondissements, les spécialisations et les retours possibles. Elle permet aussi à une structure de développer une relation moins ponctuelle avec ses publics.

Les transformations des métiers obligent à réinterroger l’offre

Les difficultés de recrutement constituent un signal important pour les acteurs de la formation. Mais elles ne sont qu’une manifestation parmi d’autres des transformations qui touchent aujourd’hui le travail.

L’intelligence artificielle, l’automatisation, les transitions écologiques, les évolutions réglementaires et les nouvelles formes d’organisation modifient progressivement les activités exercées et les compétences attendues. Certains métiers émergent, d’autres se recomposent et beaucoup conservent leur intitulé tout en changeant profondément dans leur contenu.

Dans cet environnement, une tension observée sur un métier ne suffit pas à valider la création d’une nouvelle formation. Elle peut être temporaire, territorialisée ou liée aux conditions d’emploi. Elle peut aussi masquer un besoin plus précis : actualiser certaines compétences, accompagner une transformation de poste ou rapprocher plusieurs expertises auparavant séparées.

Avant de créer un nouveau parcours, une structure doit donc regarder au-delà des volumes de recrutement. Elle doit comprendre les activités qui évoluent, les compétences qui deviennent critiques, celles qui perdent de leur valeur et la manière dont les entreprises redessinent progressivement leurs fonctions.

Cette lecture doit ensuite être confrontée à la légitimité et aux capacités réelles de la structure : expertise disponible, qualité des partenariats, possibilité d’organiser des mises en situation, réalité des débouchés et capacité à actualiser durablement le parcours.

Les métiers en tension peuvent éclairer la construction de l’offre. Mais l’enjeu principal consiste désormais à anticiper la transformation des compétences sans multiplier les formations au rythme de chaque signal du marché.

 

Ce que ces mutations imposent aux organismes de formation

Ces transformations convergent vers une même réalité : une offre de formation ne peut plus être pilotée comme une accumulation de programmes indépendants.

Sa solidité dépend de la lisibilité de la gamme, de la cohérence entre les parcours, de la pertinence des certifications mobilisées, de la capacité à accompagner plusieurs étapes professionnelles et de l’alignement entre les besoins du marché et les moyens réels de la structure.

La construction de l’offre de formation suppose également des arbitrages plus nets. Toutes les opportunités ne méritent pas de devenir une formation. Toutes les certifications ne correspondent pas au positionnement de la structure. Tous les blocs ne peuvent pas être commercialisés isolément. Tous les métiers en tension ne constituent pas un marché durable.

Pour les organismes de formation, les CFA et les écoles, la question n’est donc plus seulement de savoir quelles formations ajouter au catalogue. Il faut déterminer quelle architecture d’offre peut rester compréhensible, crédible et soutenable à mesure que les besoins, les certifications et les trajectoires évoluent.

Comprendre les autres mutations qui affectent votre organisme

L’évolution de l’offre de formation ne constitue qu’une des transformations qui affectent aujourd’hui les organismes de formation, les CFA et les écoles.

Le Baromètre Turquoise permet d’identifier les pressions qui s’exercent sur votre marché, vos offres, votre visibilité, votre organisation et vos pratiques de pilotage.

Il ne mesure pas la solidité interne de votre organisme. Il vous aide à comprendre ce que les transformations actuelles rendent plus exigeant.

Photo de Alan Calloc'h

À propos de l’auteur

Alan Calloc’h accompagne les organismes de formation, les CFA et les écoles dans la structuration de leur offre, de leurs parcours et de leur modèle. Expert en transformation digitale, il intervient depuis 2017 comme formateur, responsable pédagogique et consultant auprès des acteurs de la formation.

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